
À Cannes, l’art contemporain change de perspective et devient un voyage à travers les images, les cultures et les mondes lointains. Jusqu’au 8 novembre 2026, La Malmaison, l’un des principaux espaces d’exposition de la Croisette, accueille Mirages du monde, une importante rétrospective consacrée à Hervé Di Rosa, figure majeure de la Figuration Libre.
L’exposition réunit 103 œuvres, principalement des peintures, et couvre plus de quarante ans de création, des débuts de l’artiste dans les années 1980 jusqu’à ses réalisations les plus récentes. Le parcours retrace l’évolution d’un langage visuel très personnel, nourri par la rencontre entre peinture, bande dessinée, culture populaire, arts décoratifs et traditions venues de différentes régions du monde.
L’exposition ne se limite pas aux espaces intérieurs de La Malmaison. Les extérieurs du bâtiment deviennent eux aussi partie intégrante du projet : six sculptures sont installées sur le parvis et sur la terrasse panoramique, créant un dialogue direct avec l’architecture et les visiteurs de la Croisette.
Le parcours de Mirages du monde débute au rez-de-chaussée avec les œuvres des années 1980, une période essentielle dans la carrière d’Hervé Di Rosa et dans l’émergence de la Figuration Libre, mouvement qui a contribué à remettre en question les langages artistiques dominants de l’époque.
Les œuvres de cette période sont peuplées de figures excentriques, de personnages fantastiques et de formes hybrides. Les couleurs intenses et une forte dimension graphique composent un univers immédiatement identifiable, dans lequel se mêlent références à la bande dessinée, à la télévision, à la culture de masse et à la vie quotidienne.
Une démarche artistique qui refuse les frontières rigides entre culture « savante » et culture populaire et qui fait de la liberté des images l’un de ses principaux traits distinctifs.
Le voyage constitue l’un des fils conducteurs majeurs de la recherche artistique d’Hervé Di Rosa. Au premier étage de La Malmaison, le parcours prend ainsi une dimension internationale et revient sur les expériences menées par l’artiste dans de nombreux pays.
Afrique, Asie, Europe de l’Est, États-Unis et Amérique latine ont progressivement intégré son imaginaire visuel. Mais ces territoires ne sont pas seulement des lieux à représenter : Di Rosa entre directement en contact avec des artisans, des techniques et des traditions locales, transformant chaque rencontre en une occasion d’expérimentation.
Au Vietnam, par exemple, l’artiste explore les techniques traditionnelles de la laque. Au Ghana et en Afrique du Sud, il travaille la peinture sur tôle, tandis qu’au Mexique il s’intéresse à des formes sculpturales liées aux traditions locales.
Il en résulte une œuvre difficile à enfermer dans des catégories conventionnelles. Peinture, sculpture et artisanat se rencontrent dans des créations qui remettent en question la distinction traditionnelle entre art contemporain et pratiques artistiques populaires.
La dimension internationale de Mirages du monde ne constitue pas seulement un chapitre biographique dans la carrière de l’artiste. Le voyage devient un moyen pour Di Rosa d’élargir son vocabulaire visuel.
Chaque rencontre avec une culture différente apporte de nouveaux matériaux, de nouvelles techniques et de nouvelles formes. L’artiste ne se contente donc pas de transposer des images venues d’ailleurs dans son œuvre : il construit un véritable atlas visuel, où expériences personnelles et traditions collectives se rencontrent.
C’est précisément ce dialogue qui donne à l’exposition de La Malmaison toute sa singularité : l’univers de Di Rosa apparaît comme un réseau de croisements culturels où les frontières entre art contemporain, culture populaire, artisanat et mémoire deviennent poreuses.
Le dernier niveau de l’exposition est consacré aux œuvres les plus récentes de l’artiste. Le parcours revient ici vers l’univers personnel de Di Rosa, tout en conservant le dialogue avec les expériences accumulées au fil des décennies.
Personnages, couleurs et images issues de la culture populaire restent au cœur de son travail, tandis que les souvenirs de voyages et les expérimentations développées dans différents contextes culturels convergent dans une production toujours immédiatement reconnaissable.
L’exposition devient ainsi également le récit de l’évolution artistique de Di Rosa : des débuts de la Figuration Libre à sa recherche contemporaine, à travers une pratique construite sur la confrontation permanente avec des mondes, des techniques et des cultures différentes.
Né à Sète en 1959, Hervé Di Rosa est considéré comme l’une des figures centrales de la Figuration Libre, mouvement artistique français apparu entre la fin des années 1970 et les années 1980.
Avec Robert Combas, Rémi Blanchard et François Boisrond, Di Rosa a contribué à développer un langage figuratif libéré des hiérarchies établies et ouvert aux images de la culture populaire.
Après une formation à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, l’artiste construit un univers peuplé de personnages fantastiques, de figures déformées, de couleurs éclatantes et de références à la bande dessinée et à la culture de masse.
Sa recherche artistique ne s’est toutefois jamais limitée à la peinture. Tout au long de sa carrière, Di Rosa développe une pratique internationale fondée sur la rencontre avec les techniques et les traditions artistiques locales.
Un autre chapitre important de son parcours est lié au MIAM – Musée International des Arts Modestes, fondé à Sète en 2000.
Le musée a pour vocation de mettre en valeur des formes artistiques et culturelles souvent restées en marge des circuits institutionnels : objets populaires, productions artisanales, images issues de la culture quotidienne et œuvres difficiles à inscrire dans les classifications traditionnelles.
Cette même volonté d’ouverture traverse la pratique artistique de Di Rosa et trouve dans Mirages du monde une nouvelle synthèse.
À Cannes, la rétrospective consacrée à Hervé Di Rosa propose ainsi davantage qu’une simple présentation chronologique de ses œuvres. Mirages du monde construit un parcours à travers plus de quatre décennies d’images, de rencontres et d’expérimentations.
Des peintures des années 1980 aux œuvres nées de ses voyages internationaux, jusqu’à ses créations les plus récentes, l’exposition raconte le parcours d’un artiste qui a fait du croisement des cultures le cœur de sa recherche.
À La Malmaison de Cannes, jusqu’au 8 novembre 2026, peinture, sculpture, artisanat et culture populaire se rencontrent au sein d’un même parcours. Une invitation à entrer dans l’univers d’Hervé Di Rosa, où les distances géographiques deviennent des occasions de rencontre et où les différentes formes de l’art peuvent dialoguer sans hiérarchie.
